Actualités immobilières

Espagne : la mort de Maricarmen Abascal place le logement au cœur des législatives du 29 novembre

Expulsée à 87 ans d’un appartement madrilène racheté par une société immobilière, Maricarmen Abascal est morte le 7 octobre 2026 avant d’avoir pu rentrer chez elle. Son histoire a placé le logement au centre des législatives espagnoles du 29 novembre.

Frédéric Joly Par Frédéric Joly
5 min de lecture
Espagne : la mort de Maricarmen Abascal place le logement au cœur des législatives du 29 novembre
Un immeuble d'appartements ordinaire : la question du logement s'est imposée au cœur de la campagne des législatives.

En bref

  • Une société immobilière avait acheté le logement et en avait nettement augmenté le loyer.
  • Une habitante a dit que tout le monde avait pleuré, même sans connaître l’octogénaire, et l’a décrite comme « notre grand-mère à tous ».
  • La grève générale du 11 novembre 2026 et les législatives du 29 novembre 2026 sont les deux échéances déjà fixées dans ce dossier, qui installe l’accès au logement parmi les grands sujets de la campagne espagnole.

Le 23 septembre 2026, Maricarmen Abascal, alors âgée de 87 ans, a été sortie sur un brancard de l’appartement qu’elle occupait à Madrid. Une société immobilière avait acheté le logement et en avait nettement augmenté le loyer. Hospitalisée après cette expulsion, l’octogénaire est morte le mercredi 7 octobre 2026 sans avoir retrouvé son domicile, alors qu’un accord avait été conclu pour lui permettre d’y revenir, d’après le récit publié par Sud Ouest. Entre ces deux dates, son histoire est devenue une affaire nationale en Espagne et a pesé sur la convocation de législatives anticipées, fixées au 29 novembre 2026.

Une expulsion devenue affaire nationale

Selon le reportage diffusé par Franceinfo, la vieille dame était devenue, sans l’avoir cherché, le visage de la crise du logement espagnole. Son départ forcé avait révolté les habitants de la capitale. Depuis sa chambre d’hôpital, elle avait encouragé les autres à continuer le combat : elle expliquait ne pas avoir réussi à garder son propre logement, mais se battre pour que d’autres y parviennent.

Son cas a déclenché une vague de protestation dans tout le pays, avec des milliers de manifestants dans les rues. À Madrid, des centaines de militants ont planté leurs tentes sur la Puerta del Sol, une place du centre très prisée des touristes. Au moment de son décès, ce campement tenait depuis une dizaine de jours.

Deuil et colère après l’annonce du décès

Le syndicat des locataires de Madrid a annoncé sa mort dans un communiqué diffusé le soir du 7 octobre, en saluant un combat qu’il qualifie d’« un tournant » pour le pays. Dans la soirée, des centaines de personnes se sont réunies près du Parlement, au cœur de la capitale. Elles scandaient notamment « Maricarmen vit, la lutte continue » et promettaient de ne plus accepter aucune expulsion. Une bonne partie d’entre elles venait du campement voisin, où les militants ont respecté une minute de silence en sa mémoire, entourés de rangées de bougies posées à même les dalles.

Le lendemain matin, jeudi 8 octobre 2026, des riverains se sont recueillis devant son immeuble, entre bougies, larmes et colère, raconte Franceinfo. Une riveraine a estimé que chacun devrait avoir un toit et ne pas être chassé de chez soi. Une habitante a dit que tout le monde avait pleuré, même sans connaître l’octogénaire, et l’a décrite comme « notre grand-mère à tous ». Une jeune femme a parlé d’un mélange de tristesse et de rage.

Sud Ouest rapporte aussi le témoignage d’une militaire de 23 ans qui loge dans une caserne, faute de pouvoir assumer un loyer. Mère d’un enfant qu’elle a dû confier à sa propre mère, elle a expliqué se retrouver dans la situation de l’octogénaire et vouloir poursuivre la mobilisation, pour elle comme pour les autres. Le syndicat des locataires a estimé que le logement s’était imposé au centre du débat public, tout en jugeant bien trop lourd le prix payé pour en arriver là.

Façade blanche d'un immeuble moderne vue en biais, alignement de balcons aux garde-corps à barreaux noirs
Des balcons d’un immeuble résidentiel. Après l’expulsion d’une locataire âgée par une société immobilière, le logement s’est imposé au cœur des législatives. Photo : wal_172619 / Pixabay

Des décrets rejetés aux législatives du 29 novembre

La pression de la rue s’est rapidement traduite sur le terrain politique. Face à l’ampleur des mobilisations, le gouvernement de gauche de Pedro Sanchez, qui ne dispose pas de majorité au Parlement, avait adopté deux décrets destinés à contenir la crise du logement. Les députés les ont rejetés au début du mois d’octobre 2026. De grandes manifestations ont ensuite eu lieu dans de nombreuses villes au cours d’un week-end, puis le Premier ministre socialiste a annoncé des élections législatives anticipées, programmées pour le 29 novembre 2026.

Pour Franceinfo, l’affaire Maricarmen Abascal a servi d’étincelle à cette décision. La chaîne souligne aussi qu’elle avait obtenu gain de cause avant sa mort, sans pouvoir en profiter.

Une grève générale annoncée pour le 11 novembre

Le 7 octobre 2026, les principaux syndicats du pays ont appelé à une grève générale le 11 novembre, moins de trois semaines avant le scrutin. Leurs revendications portent sur « de meilleurs salaires » ainsi que sur « un logement digne ».

Sur le réseau X, Pedro Sanchez a témoigné de son affection envers les proches et la famille de l’octogénaire, ainsi qu’envers toutes les personnes qui ressentent sa disparition comme une perte personnelle. Alberto Nunez Feijoo, son principal rival de droite dans la course aux législatives, a demandé du « respect » et mis en garde contre « toute utilisation intéressée » de sa mort. D’après Sud Ouest, le logement devrait être l’un des grands thèmes de la campagne.

Trois étapes d’un même dossier

Le parcours de Maricarmen Abascal relie trois moments distincts : un changement de propriétaire suivi d’une forte hausse de loyer et d’une expulsion, une mobilisation qui a gagné l’ensemble de l’Espagne, puis un calendrier électoral bouleversé. La grève générale du 11 novembre 2026 et les législatives du 29 novembre 2026 sont les deux échéances déjà fixées dans ce dossier, qui installe l’accès au logement parmi les grands sujets de la campagne espagnole.

Photo : Pexels / Pixabay

Frédéric Joly

Conseils, assurance, crédit et décoration

Frédéric Joly

Frédéric Joly a passé plus de vingt ans comme analyste crédit dans une banque régionale, à étudier des dossiers de prêt immobilier. Il traite pour Immo Mag le crédit et l'assurance emprunteur, avec des simulations chiffrées plutôt que des promesses. Il cultive des tomates anciennes dans son jardin de Tours.