Chambres au nord, volets et climatisation : ce que les acheteurs regardent désormais

Les logements mono-orientés et sans volets suscitent davantage de réserves après l’été 2026. Seuls 10 % des biens disposent aujourd’hui d’une climatisation.

Mathieu Perrin Par Mathieu Perrin
4 min de lecture
Chambres au nord, volets et climatisation : ce que les acheteurs regardent désormais
Des volets à persiennes sur une façade ensoleillée, un aménagement pour réguler l’exposition à la lumière et à la chaleur.

En bref

  • Les acheteurs scrutent désormais l’orientation, les volets, les jardins et la climatisation, selon Challenges Immobilier.
  • Selon PAP, une climatisation réversible ajoute 15 % et des volets 5 à 10 % à la valeur d’un bien.
  • Aucun barème officiel n’existe pour le confort d’été, et le DPE ne l’évalue que par pictogrammes.

Oui, la question revient désormais à chaque visite : le bien demeure-t-il supportable quand le thermomètre atteint 35 degrés ? Selon Challenges Immobilier, les canicules de 2026 ont fait basculer les préférences vers les espaces tournés vers le nord et les biens dotés d’une climatisation.

Des combles trop chauds, puis un autre regard des acheteurs

Tout peut basculer en une seule nuit. À Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), Sophia souhaite revendre sa maison construite dans les années 1950, qu’elle avait acquise puis rénovée dix-huit mois auparavant. Ses deux filles dormaient dans des combles pourtant isolés, mais la chaleur y était telle que la famille entière a fini par dormir au rez-de-chaussée.

Les agents, qui avaient vu le marché se figer, constatent cet automne la même évolution côté acheteurs. Valérie Parracone, de l’agence Era Immobilier Montreuil, décrit « un changement chez les acheteurs, qui se demandent si leur logement est habitable par 35 degrés ».

Ce que les visiteurs fuient, ce qu’ils recherchent

Les moindres détails sont examinés. Le tableau ci-dessous oppose les biens délaissés à ceux qui séduisent.

Les atouts recherchés

  • Les chambres exposées au nord
  • Les logements dont on peut ouvrir les fenêtres pour ventiler
  • Les rez-de-chaussée, « naturellement frais »
  • Les jardins et les climatisations

Délaissés

  • Les biens mono-orientés
  • Les expositions sud-ouest
  • Les logements sans volets
  • Ceux donnant sur une cour en béton

Seuls 10 % des biens sont équipés de climatisation, ce qui explique en partie l’attention qu’elle suscite.

Un effet sur les prix, sans barème officiel

Le portail PAP a chiffré le confort d’été : une climatisation réversible apporte +15 % et des volets +5 à 10 %. Ces taux sont propres à PAP. Aucun barème officiel n’existe pour l’instant, à la différence de celui qui permet d’ajuster une estimation, par exemple avec -5 à -10 % pour un bien mal agencé, bruyant, sombre ou soumis à un vis-à-vis.

Climatiseur fixé au mur en briques dans un salon moderne ouvert sur la cuisine.
Un climatiseur mural installé dans une pièce à vivre, un aménagement de plus en plus recherché pour faire face aux fortes chaleurs estivales. Photo : Max Vakhtbovych / Pexels
380 000 €prix de cession d’un 2-pièces de 50 m² sous les toits, Paris XVIIe, contre 490 000 € de mise en vente début 2026

Thomas Lefebvre, directeur scientifique de SeLoger, juge probable que les « bouilloires thermiques » se décotent faute d’offres, « à l’image des biens classés DPE F ou G, qui perdent au moins 15 % par rapport à un DPE D ». C’est son analyse, et seul l’exemple parisien chiffre ce lien.

Outils de recherche, DPE et position des pouvoirs publics

  • SeLoger permet de saisir ses propres critères, comme « frais l’été ».
  • Bien’ici propose une simulation de l’ensoleillement d’un logement en fonction de son exposition.
  • À ce jour, le DPE ne mesure le confort d’été qu’au moyen de pictogrammes ; une réforme circulerait en coulisses, sans confirmation ni calendrier.
  • Vincent Jeanbrun, ministre du Logement, a plaidé pour l’installation de volets et de pompes à chaleur réversibles dans les copropriétés, y compris celles de style haussmannien.

Henri Busy-Cazaux, président de l’Institut du management des services immobiliers, observe : « Pour la première fois, on se penche sur la qualité du bâti en fonction de la canicule, plutôt que du froid ». Reste la charge des propriétaires, déjà éprouvés par les obligations de rénovation énergétique et une fiscalité élevée. Yves Le Marrec, expert en évaluation immobilière, tempère : « Un seul été, c’est encore peu, il ne faudrait pas se précipiter ». Il indique que la profession mène des travaux sur le changement climatique aux côtés de membres du Giec. Le DPE reste par ailleurs un critère de valeur à part entière, comme l’illustre la situation des logements anciens en Ariège.

Territoires refuges du nord-ouest, littoral sud sous tension

La localisation pèse également. Pour l’économiste Benjamin Taveau, il existe « une mémoire du risque ». Il a codirigé, pour le Syndicat des experts évaluateurs immobiliers, une étude parue en septembre. Celle-ci met en évidence, depuis 2020, l’intérêt croissant des acquéreurs pour des « territoires refuges » situés sur la façade nord-ouest de la France, tandis que le littoral sud perd en attractivité. Ce dernier subit des températures supérieures à 30 degrés et leurs effets : sécheresse, limitation de l’eau potable et incendie.

Photo : Taylen Lundequam / Pexels

Mathieu Perrin

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Mathieu Perrin

Mathieu Perrin a vendu et racheté trois logements en dix ans, à Rennes puis à Angers, et en a gardé une vraie méfiance envers les visites expédiées en vingt minutes. Pour Immo Mag, il traite l'achat, la vente, la location et la gestion locative en partant des questions que les particuliers se posent vraiment. Il conserve les états des lieux de tous ses anciens appartements dans une boîte à chaussures.